Entretiens

Nitin Seth, auteur de Human Edge in the AI Age – Série d’interviews

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Nitin Seth, auteur de Human Edge in the AI Age, est un leader mondial des affaires, entrepreneur et auteur à succès spécialisé dans l’intersection de la technologie, de l’IA et de la transformation organisationnelle. Il est co‑fondateur et PDG de Incedo Inc., une société de services numériques, de données et d’IA, et apporte près de trois décennies d’expérience en leadership, dont les postes de COO de Flipkart, directeur général de Fidelity International en Inde et directeur chez McKinsey & Company. Diplômé de l’IIT Delhi et de l’IIM Lucknow, Seth est également l’auteur de Winning in the Digital Age et Mastering the Data Paradox, Human Edge in the AI Age complétant sa trilogie examinant la transformation numérique, les données et l’intelligence artificielle.

Human Edge in the AI Age explore une question centrale née de l’avancée rapide de l’IA: à mesure que les machines deviennent de plus en plus capables de raisonner, de créer et de prendre des décisions, quelles qualités continueront de donner aux humains un avantage? Plutôt que de se concentrer principalement sur la technologie IA, le livre combine des perspectives de l’IA, du leadership, de la psychologie moderne et de la philosophie orientale pour examiner des qualités telles que la résolution de problèmes, l’adaptabilité, la résilience, le sens, l’empathie, le leadership et l’entrepreneuriat. Au cœur se trouve le cadre POSSIBLE de Seth, un modèle à huit dimensions conçu pour aider les individus à renforcer les capacités distinctement humaines tout en naviguant la disruption au travail et dans la société. Le livre soutient que réussir à l’ère de l’IA ne dépend pas simplement d’apprendre à utiliser des technologies de plus en plus puissantes, mais de développer les qualités humaines qui les complètent.

Votre carrière a traversé le conseil, les services financiers, le commerce électronique, l’entrepreneuriat et le leadership technologique. En regardant en arrière à travers ces différents environnements, quelles expériences ont le plus influencé votre façon de penser le leadership et la transformation organisationnelle aujourd’hui?

J’apprécie chaque expérience dont j’ai fait partie, chacune m’ayant façonné, défié et contribué à ma croissance. Chaque organisation avec laquelle j’ai travaillé, et chaque organisation que j’ai aidé à construire, m’a enseigné quelque chose de différent. Chacune a apporté une leçon unique, et ensemble, ces leçons ont abouti à la façon dont je pense et dirige les organisations aujourd’hui.

Lorsque j’ai commencé ma carrière chez McKinsey & Company en 1996, j’ai appris l’art de la résolution de problèmes, l’importance d’un service client exceptionnel et la valeur d’une orientation à long terme. La création du McKinsey Global Knowledge Centre en Inde a approfondi ces leçons en m’apprenant à penser et agir comme un innovateur et un entrepreneur. Ce qui a commencé comme une unité de soutien à la recherche est devenu un hub d’innovation de classe mondiale, renforçant une leçon qui m’a accompagné tout au long de ma carrière: l’innovation de rupture peut provenir de n’importe où lorsque le talent possède la vision, la culture et l’opportunité de prospérer.

Ensuite, chez Fidelity International, j’ai dirigé la stratégie et la transformation pendant une période de changement technologique important, passant d’un modèle centré sur la gestion d’investissements à un modèle piloté par la technologie. Cette expérience a renforcé l’idée que les affaires et la technologie sont indissociables. Elle m’a également exposé aux réalités de la transformation de grandes organisations mondiales, où les mentalités héritées et l’inertie organisationnelle deviennent souvent des obstacles plus grands que la technologie elle‑même.

Mon prochain chapitre fut chez Flipkart en tant que directeur des opérations. Le rythme était implacable, l’ambiguïté constante, les défis immenses, et de nombreux manuels de gestion traditionnels ne fonctionnaient tout simplement pas. Cela m’a enseigné l’importance de l’expérimentation, de l’adaptabilité et d’apprendre plus vite que le marché. Cela m’a enseigné l’importance de prendre des décisions rapides et décisives dans des environnements non structurés. Cela m’a également donné la capacité d’opérer et de prospérer dans des marchés à croissance hyper‑rapide et hyper‑compétitifs.

Ces chapitres ont finalement conduit à la création d’Incedo. Nous avons construit l’entreprise autour d’une conviction simple: les organisations investissent d’énormes sommes dans la technologie, pourtant trop peu réussissent à traduire ces investissements en résultats commerciaux significatifs. Notre mission a été de combler cet écart.

En fin de compte, toutes ces expériences ont renforcé une vérité fondamentale: derrière chaque succès révolutionnaire se trouve l’esprit humain persévérant qui repousse les limites, libère le potentiel et permet d’accomplir ce qui semblait autrefois impossible. Notre plus grand avantage réside dans les qualités humaines uniques qu’aucun algorithme ne peut reproduire. Et ce sont ces qualités qui nous aident à naviguer le changement, à y prospérer et à accélérer le progrès, tant individuellement que collectivement.

Dans votre nouveau livre, Human Edge in the AI Age, vous soutenez que le succès dépendra du développement des capacités humaines parallèlement à une technologie de plus en plus puissante. Qu’est‑ce qui vous a poussé à écrire ce livre maintenant, et quelle idée centrale espérez‑vous que les lecteurs en retiennent?

Mon premier livre portait sur le numérique, le second sur les données, il semblait donc naturel que le troisième se concentre sur l’IA. Mais en commençant à écrire, j’ai réalisé que ce ne serait pas simplement un autre livre sur la technologie ou les affaires. L’IA n’est plus simplement une percée technologique: elle redéfinit ce que signifie être humain. À mesure que les machines commencent à raisonner, créer et interagir de façon de plus en plus humaine, la vraie question n’est plus l’IA elle‑même, mais l’avenir de l’humanité. J’ai senti que c’était l’histoire qui devait être racontée.

L’idée est devenue plus claire après une conversation avec mon épouse, Arpna. Elle a suggéré que si je ressentais cela si fortement, je devrais écrire le livre pour nos enfants: pour les aider à comprendre ce que cette transformation pourrait signifier pour leur génération. Cette perspective a façonné ma réflexion. Ce livre est ma tentative de comprendre le monde qu’ils hériteront et, ce faisant, d’offrir un guide pratique à quiconque cherche à naviguer l’ère de l’IA avec confiance et objectif.

À travers ce livre, je voulais déplacer la conversation de la peur vers la possibilité. J’ai ressenti le besoin fort d’apporter un équilibre aux discussions souvent extrêmes sur l’IA, en dépassant le simple optimisme ou la peur. Plutôt que de demander « L’IA va‑t‑elle nous remplacer ? », je crois que nous devrions demander « Comment devenir la meilleure version de nous‑mêmes à l’ère de l’IA ? ». La technologie continuera d’évoluer, mais notre plus grand avantage concurrentiel viendra du renforcement des qualités qui nous rendent profondément humains: notre jugement, créativité, empathie, courage, leadership, caractère et capacité à créer du sens.

Le livre n’est donc pas un livre sur l’IA; c’est un livre sur le potentiel humain à l’ère de l’IA. En m’appuyant sur mes expériences chez McKinsey, Fidelity, Flipkart et Incedo, ainsi que sur les traditions de sagesse intemporelles, j’ai voulu créer un guide pratique qui aide les personnes de tous horizons, pas seulement du secteur technologique ou des affaires, à naviguer la disruption avec confiance plutôt qu’avec anxiété.

S’il y a une idée centrale que j’espère que les lecteurs retiendront, c’est que l’ère de l’IA est à la fois une opportunité et un défi. Pour ceux qui restent dans leur zone de confort, elle sera profondément perturbatrice car ils seront poussés à l’irrélevance. Mais pour ceux qui sont prêts à apprendre continuellement, à s’adapter et à dépasser les frontières familières, elle offre une opportunité extraordinaire de réinvention et de croissance. En renforçant les qualités humaines uniques qu’aucun algorithme ne peut reproduire, nous pouvons utiliser ce moment non seulement pour suivre le rythme du changement, mais pour accélérer le progrès, tant individuellement que collectivement. Ceux qui adoptent cet état d’esprit ne survivront pas simplement à l’ère de l’IA; ils prospéreront grâce à elle.

Le livre présente le cadre POSSIBLE, englobant la résolution de problèmes, l’ouverture, la spiritualité, le sport, l’impact, l’équilibre, le leadership et l’entrepreneuriat. Comment avez‑vous sélectionné ces huit dimensions, et pourquoi avez‑vous inclus des domaines tels que la spiritualité et le sport qui apparaissent rarement dans les cadres conventionnels d’IA ou de management?

Le point de départ du cadre POSSIBLE était une question que je me posais constamment: si l’IA continue de s’améliorer dans des tâches que nous considérions autrefois comme exclusivement humaines, qu’est‑ce qui continuera à nous distinguer? Plus je réfléchissais, plus je réalisais qu’il s’agissait de redécouvrir les qualités humaines intemporelles de « l’homme primitif » qui nous ont permis de nous adapter et de prospérer à chaque ère de changement tout en élargissant simultanément notre conscience pour libérer des niveaux supérieurs d’intelligence, de créativité et de sagesse du « super‑homme ». 

J’en suis venu à voir la nouvelle « human edge » comme l’intersection de « l’homme primitif » et du « super‑homme ». En m’appuyant sur plus de trois décennies d’expérience personnelle et professionnelle, j’ai constaté que les moments qui m’ont le plus façonné avaient peu à voir avec la technologie elle‑même et tout à voir avec le développement de ces capacités humaines durables. Ces leçons récurrentes se sont finalement cristallisées en les huit dimensions de POSSIBLE.

Résolution de problèmes reflète l’importance de la pensée structurée que j’ai d’abord apprise chez McKinsey, une discipline qui a continué à me guider tout au long de mon parcours, y compris lors de la création et de la mise à l’échelle d’Incedo. Ouverture au changement résulte du fait que je me suis continuellement réinventé à travers les industries et les vagues successives de changement technologique. Impactest né de la prise de conscience que le succès se mesure finalement non pas par ce que nous accomplissons pour nous-mêmes, mais par les vies que nous améliorons. Équilibreest apparu en naviguant constamment des forces apparemment opposées: stratégie et exécution, innovation et efficacité, ambition et bien‑être, succès matériel et épanouissement intérieur. Mes expériences, depuis mes débuts chez McKinsey jusqu’à la direction d’organisations à forte croissance comme Fidelity et Flipkart, ont renforcé ma conviction que Leadershipconsiste à contribuer à un but plus grand, à prendre des initiatives, à être responsable et à aider les autres à grandir. Entrepreneuriat s’est développé à partir d’expériences telles que la création du McKinsey Knowledge Centre à partir de zéro, ma propre start‑up Active Karma, et bien sûr la construction d’Incedo. 

Oui, Sport peut sembler une inclusion inhabituelle dans un cadre visant à prospérer à l’ère de l’IA, mais je crois que c’est l’un des enseignants les plus puissants de l’excellence humaine. Le sport a transformé ma confiance en tant que jeune étudiant et m’a enseigné le travail d’équipe, la discipline et la résilience, toutes des qualités qui ont façonné mon leadership tout au long de ma carrière. Alors que l’IA peut automatiser des tâches et optimiser des décisions, elle ne peut pas développer la ténacité, le caractère ou la détermination à persévérer face à l’adversité. Le sport cultive exactement ces qualités qui deviennent de plus en plus précieuses dans un monde défini par la disruption constante. 

De même, Spiritualité est souvent mal comprise. Il ne s’agit pas de se retirer du monde; il s’agit d’y engager plus consciemment. En termes pratiques, la spiritualité est le voyage intérieur: trouver et se connecter à son moi profond. C’est le fondement de la conscience de soi, et la conscience de soi est le fondement d’un leadership solide. Elle a été mon ancre pour la concentration, la résilience et l’énergie grâce à la pratique de la méditation dès mon plus jeune âge. La spiritualité est également une clé pour la créativité. Elle élargit votre perspective, vous aide à voir le tableau d’ensemble et vous fait passer d’un petit esprit à un grand esprit. Je pratique l’Art of Living depuis plus de deux décennies, la méditation faisant partie intégrante de ma vie quotidienne. Elle m’a aidé à rester ancré face à des changements intenses tout en élargissant ma vision. À l’ère de l’IA, où le changement est implacable et l’ambiguïté constante, la spiritualité est l’ancre intérieure qui nous ancre dans le but, construit la résilience et nous donne la clarté et l’équilibre nécessaires pour prospérer au milieu de l’incertitude.

Les systèmes d’IA deviennent de plus en plus capables de raisonner, de générer des œuvres créatives et de simuler l’empathie. Quelles qualités humaines pensez‑vous représenter un avantage durable face aux machines, plutôt que des capacités que l’IA n’a simplement pas encore maîtrisées?

Je crois que l’IA offrira rapidité, échelle et intelligence, mais elle ne peut pas remplacer le jugement humain, le but ou les valeurs. À mesure que l’IA devient plus capable, le véritable différenciateur sera les capacités humaines intemporelles telles que la créativité, la résolution de problèmes, la résilience, le leadership et la capacité à établir des relations significatives. 

Au cœur de ces capacités se trouve ce que j’appelle les 3Cs: Contexte, Créativité et Connexion. L’IA peut résoudre 70–80 % d’un problème, mais les 20–30 % restants, la partie qui crée une vraie différenciation, proviennent de ces forces humaines. Contextedonne du sens, permet un jugement éclairé et nous aide à appliquer les connaissances aux situations réelles. Développer une compréhension contextuelle profonde devrait donc être notre priorité à court et moyen terme, car cela nous permet de travailler efficacement aux côtés de l’IA. Créativiténous permet d’imaginer ce qui n’existe pas encore, de remettre en cause les hypothèses et de créer de nouvelles possibilités. À mesure que l’IA automatise de plus en plus le travail existant, cultiver la créativité devient notre avantage à moyen et long terme. 

Connexion, notre capacité à instaurer la confiance grâce à l’empathie, l’attention, les expériences partagées et la collaboration, est peut‑être la force humaine la plus durable. C’est ce qui nous permet d’inspirer les autres, de bâtir des équipes et des communautés solides, et d’atteindre des objectifs qu’aucun individu ou machine ne peut accomplir seul. Ce n’est pas seulement une capacité pour le futur; c’est un avantage humain intemporel que nous devons continuer à cultiver. Ensemble, ces trois capacités resteront non seulement pertinentes à l’ère de l’IA; elles deviendront encore plus précieuses. 

De nombreux professionnels comprennent que l’adaptabilité, le jugement, la créativité et la résilience sont importants, mais peinent à les développer intentionnellement. Quels exercices pratiques ou habitudes du livre quelqu’un pourrait‑il adopter au cours des 90 prochains jours pour renforcer de manière mesurable son avantage humain?

Oui, de nombreux professionnels reconnaissent aujourd’hui que l’adaptabilité, le jugement, la créativité et la résilience deviendront les capacités déterminantes à l’ère de l’IA. Cependant, ces qualités ne peuvent pas être apprises en participant à un atelier de deux jours ou en lisant quelques livres. 

Le fondement de la conduite d’un changement durable est de se renforcer d’abord. Parce que la vraie transformation commence toujours de l’intérieur. Avant de pouvoir guider les autres à travers le changement, vous devez développer la résilience physique, mentale et émotionnelle pour le naviguer vous‑même. Cela commence par le corps. Un corps sain est la source d’énergie, de résilience et de discipline. Sans cela, tout le reste devient plus difficile. C’est pourquoi l’activité physique doit être une partie non négociable de votre routine. Je joue au squash, pratique le yoga trois fois par semaine et cours trois à quatre fois par semaine. Ce sont mes moyens d’investir dans l’endurance et la résilience nécessaires pour naviguer un monde de plus en plus exigeant.

En plus d’un corps sain, il faut un esprit sain. À quoi bon toute la force physique du monde, si l’esprit est obscurci par le stress, la distraction ou la peur? La forme mentale, comme la forme physique, nécessite une pratique délibérée. Pour moi, la pratique de la méditation a été un moyen de développer la résilience, de calmer le bruit, d’élargir ma perspective et de libérer la créativité. Il est également essentiel de rester curieux intellectuellement. Je m’efforce chaque jour, même si ce n’est que quelques minutes, de lire largement, d’explorer des idées au‑delà de mon domaine et d’expérimenter de nouvelles façons de penser. La curiosité maintient l’esprit agile, tandis que l’apprentissage continu le fait grandir.

Au‑delà du corps et de l’esprit, des ancres personnelles solides sont essentielles. La famille a toujours été l’une des miennes. Au milieu des pressions professionnelles et du changement constant, passer du temps de qualité avec ma famille me garde ancré, offre de la perspective et me rappelle ce qui compte vraiment. Des relations fortes offrent un sentiment de stabilité et d’appartenance qui aide à rester centré, résilient et ancré face au changement. 

En fin de compte, le fil conducteur de tout cela est la constance. Aucune de ces pratiques ne donne de résultats du jour au lendemain. Mais si vous les pratiquez délibérément pendant 90 jours, elles deviennent des habitudes. Vous commencez à remarquer la différence: vous apprenez plus vite, pensez plus clairement, vous remettez plus rapidement d’un revers et êtes plus à l’aise avec l’incertitude. Plus important encore, vous cessez de réagir au changement et commencez à le façonner. C’est, pour moi, l’essence de construire l’avantage humain: renforcer continuellement les capacités humaines uniques qui nous permettent de travailler avec l’IA, de diriger le changement et de créer le futur plutôt que de simplement nous y adapter.

À mesure que les agents d’IA gagnent en autonomie au sein des entreprises, comment les dirigeants doivent‑ils déterminer quelles décisions peuvent être déléguées aux machines et lesquelles doivent conserver un jugement humain significatif et une responsabilité?

Déléguer des décisions à un agent IA est fondamentalement une décision de confiance. Et les principes fondamentaux de confiance qui régissent les humains s’appliquent également aux agents.

La confiance n’est pas acquise d’avance. Elle se gagne. Et elle doit être basée sur des preuves, pas sur des suppositions. Le même principe doit régir le rôle croissant des agents IA. Commencez par des autorisations limitées. Laissez l’agent gagner plus d’autonomie une décision prouvée à la fois, sur la base d’une fiabilité mesurable et démontrée. Le niveau d’autonomie qu’un agent peut gagner doit être déterminé essentiellement par l’impact des conséquences, leur gravité, la possibilité d’inverser la décision et le degré de jugement requis. En d’autres termes, les agents ne doivent pas recevoir la confiance par défaut. Ils doivent la gagner progressivement, sur la base de preuves, et toujours avec la possibilité de la retirer. 

De plus, tout comme nous avons des cercles de confiance avec les personnes, nous devrions avoir des cercles de confiance gradués avec les agents IA. Un agent doit commencer par des tâches à faible risque où l’IA peut être utilisée en toute confiance. Le niveau suivant serait le jugement et la collaboration où l’IA peut interpréter, recommander et challenger la réflexion. Passer au cercle interne de confiance nécessite des preuves que l’agent peut gagner et maintenir cette confiance grâce à une performance constante, une fiabilité mesurable et une prise de décision solide. Et même lorsque nous faisons confiance, nous vérifions toujours. Les décisions à enjeux élevés impliquant la sécurité, l’argent ou l’éthique ne peuvent pas reposer uniquement sur l’IA. Elles nécessitent transparence, vérification, gouvernance, responsabilité et supervision humaine significative. 

Cela dit, cela ne signifie pas que la confiance est une évaluation ponctuelle. Elle doit être continuellement maintenue grâce à une évaluation permanente, une observabilité en temps réel, des traces d’audit et une vérification. Nous devons savoir non seulement si un agent a bien fonctionné dans le passé, mais s’il fonctionne de manière fiable aujourd’hui et si son comportement reste dans les limites que nous avons définies. 

En essence, la confiance doit être gagnée, graduée et révocable. Plus une décision est conséquente, irréversible, intensive en jugement ou difficile à contester, plus le seuil de preuve doit être élevé et la responsabilité humaine doit rester dans la boucle. Alors que les décisions routinières et réversibles peuvent gagner plus d’autonomie, les actions à fort impact doivent rester derrière des portes d’approbation humaine, et si la performance d’un agent se détériore, son autonomie doit être réduite immédiatement. 

En fin de compte, l’extension de l’IA agentique ne consiste pas à abandonner le contrôle. Il s’agit d’étendre la confiance uniquement lorsque les preuves le justifient.

Vous avez soutenu que les dirigeants font défaut aux employés lorsqu’ils introduisent l’IA sans redéfinir le travail. À quoi ressemble une refonte responsable du travail au niveau des rôles individuels, des structures d’équipe, de la mesure de la performance et du développement de carrière?

Une refonte responsable du travail commence par un changement fondamental: passer de l’utilisation de l’IA pour rendre le travail existant plus rapide à la refonte du travail autour de résultats supérieurs. Ainsi, la bonne question à se poser n’est pas « Comment automatiser ce poste? » mais « Si je repensais ce travail à partir des premiers principes, avec l’IA comme partie de la main‑d’œuvre, que ferait différemment le talent? »

Le logiciel est un exemple puissant. À mesure que le cycle de vie du développement devient autonome, depuis la génération et les tests de code jusqu’au déploiement et à l’itération, le rôle du développeur évolue en amont : de la traduction des exigences en code à la compréhension des problèmes commerciaux ambigus, en passant par la formulation des bonnes questions, la remise en question des hypothèses et l’élaboration de solutions. Cela nécessite une pile de capacités différente : résolution de problèmes, pensée systémique, intuition du produit et capacité à orchestrer l’IA. L’augmentation de 800 % de la demande d’ingénieurs déployés à l’avant en 2025 reflète ce changement. Alors que les logiciels passent d’une fonction d’exécution de back-office à un moteur de première ligne de création de valeur et d’avantage concurrentiel, les talents techniques sont désormais censés travailler à l’intersection des problèmes des clients, de la réflexion produit et de l’exécution. 

À mesure que les rôles changent, la structure organisationnelle doit également changer. Les grandes équipes, la spécialisation étroite et les transferts multiples ont moins de sens lorsque l’IA réduit considérablement le coût et le temps d’exécution. Nous verrons de plus en plus de groupes multidisciplinaires plus petits combinant une expertise en matière de produits, d’ingénierie, de conception et de domaine, avec l’autonomie nécessaire pour faire passer un problème de l’idée au résultat. 

Les modèles de talents doivent également évoluer. Au niveau d’entrée, les entreprises devraient de plus en plus embaucher pour la curiosité, la créativité, la réflexion sur les principes premiers, l’adaptabilité et la capacité à travailler avec l’IA. Au niveau intermédiaire, l’expertise du domaine devient encore plus précieuse, car les individus doivent juger si l’IA résout le bon problème et fait avancer l’entreprise dans la bonne direction.

De la même manière, la mesure des performances doit passer de l’activité, comme les heures gagnées, aux résultats commerciaux, comme une mise sur le marché plus rapide, une meilleure qualité et de meilleures décisions, moins d’erreurs, une croissance des revenus et une réduction des coûts de service. L’évolution de carrière doit récompenser le jugement, la résolution de problèmes, l’appropriation des résultats et la création de valeur plutôt que l’ancienneté, les années ou l’expérience.

En fin de compte, la refonte du travail responsable ne consiste pas à remplacer les personnes par l’IA ou à insérer l’IA dans les emplois d’hier. Il s’agit de laisser les machines faire davantage ce qu’elles font le mieux tandis que les gens se concentrent sur ce que les humains font le mieux : formuler les problèmes, exercer leur jugement, créer, faire preuve d’empathie et diriger. Bien utilisée, l’IA devrait non seulement rendre le travail plus productif, mais aussi améliorer le travail et les résultats.

Le livre présente la conscience de soi, les valeurs et la clarté intérieure comme des capacités de leadership de plus en plus importantes. Comment les organisations peuvent-elles cultiver et évaluer ces qualités sans les réduire à un langage corporatif vague ou à des initiatives de bien-être superficielles ?

Les organisations ne peuvent pas développer leur conscience de soi par le biais de programmes de bien-être occasionnels ou de simples déclarations de valeurs inspirantes. Ces qualités se développent par une pratique délibérée et sont renforcées par la culture. Dans un monde axé sur l’IA, où les dirigeants sont confrontés à une ambiguïté constante, à des cycles de décision compressés et à une surcharge d’informations, le jugement devient une capacité stratégique. Et un bon jugement commence par la conscience de soi : comprendre ses valeurs, ses préjugés, ses forces, ses émotions et son objectif. Les organisations doivent donc investir dans le développement interne avec la même rigueur qu’elles appliquent au renforcement des capacités techniques et fonctionnelles.

Le voyage commence par l’institutionnalisation de pratiques qui créent un espace de réflexion plutôt que de le laisser au hasard. Encouragez les dirigeants à réserver régulièrement du temps pour tenir un journal ou pour une réflexion guidée. Les séances de réflexion sur le leadership, la pleine conscience et la méditation, le coaching des dirigeants, les cercles d’apprentissage entre pairs et les évaluations structurées après action devraient faire partie du développement du leadership. Cela leur permettra de découvrir les angles morts, de remettre en question des hypothèses profondément ancrées et de renforcer leur capacité à faire face à une complexité croissante. 

J’ai pu constater le pouvoir de cela à Incedo, où nous avons institutionnalisé la pleine conscience dans le cadre de notre culture. Ce qui a commencé comme un atelier de pleine conscience et de méditation pour notre équipe de direction s’est transformé en un partenariat actif avec la Fondation Art de Vivre. Chez Incedo India, les nouveaux employés ont la possibilité de suivre un programme de base de respiration et de méditation peu de temps après leur arrivée, suivi de séances de recyclage régulières tout au long de l’année. Cela a contribué à faire de la pleine conscience non pas une intervention ponctuelle, mais une pratique durable ancrée dans notre façon de travailler et de diriger. Nous prévoyons d’apporter la même pratique à nos équipes américaines.

Mais ce n’est que le point de départ. Au lieu de mesurer si les gens ont suivi des séances de pleine conscience ou suivi des cours de bien-être, les organisations devraient intégrer ces qualités dans la façon dont les dirigeants pensent, décident et se comportent. Les organisations devraient donc normaliser les pauses délibérées avant les décisions importantes, après les projets importants et lors des évaluations de leadership. La réflexion devrait faire partie du rythme de fonctionnement plutôt que quelque chose que les employés font pendant leur temps personnel. 

De plus, ces capacités doivent être évaluées à travers des comportements observables. Plutôt que d’essayer de mesurer la conscience de soi au moyen d’enquêtes ou de scores psychométriques, les organisations devraient l’évaluer au moyen de comportements de leadership observables. La vraie question est de savoir si ces qualités se reflètent dans la façon dont les dirigeants pensent et agissent. Font-ils systématiquement preuve d’un bon jugement dans des situations complexes ? Peuvent-ils concilier des priorités concurrentes sans recourir à des positions extrêmes ? Cherchent-ils activement des perspectives diverses avant de prendre des décisions importantes ? Sont-ils capables de rester calmes, centrés et résilients pendant les périodes d’incertitude ? Plus important encore, leurs actions s’alignent-elles systématiquement sur les valeurs qu’ils professent ? 

Ces comportements fournissent des preuves bien plus significatives de conscience de soi et de clarté intérieure que la participation à des programmes de bien-être ou la réalisation d’évaluations de leadership. L’accent du livre est que ces capacités internes sont importantes car elles se traduisent par des décisions plus sages, une résilience plus forte et un leadership plus efficace.

L’idée de développer un avantage humain impose aux individus une responsabilité considérable de se réinventer. Quelles obligations les employeurs, les établissements d’enseignement et les gouvernements ont-ils pour garantir que les travailleurs touchés par l’IA aient une possibilité réaliste de s’adapter ?

Les établissements d’enseignement portent peut-être la plus grande responsabilité, car ils façonnent les talents qui entreront dans une économie fondamentalement réécrite par l’IA. Alors que l’IA érode la valeur du travail intellectuel de routine, l’éducation ne peut plus continuer à préparer les étudiants aux emplois d’hier. Elle doit passer de la production de demandeurs d’emploi à la formation de créateurs, en développant l’adaptabilité, la créativité, la résolution de problèmes et la capacité entrepreneuriale dès le plus jeune âge. Cela nécessite de repenser l’institution elle-même. Les universités et les écoles doivent devenir des créateurs d’écosystèmes, intégrant l’entrepreneuriat dans les programmes et transformant les salles de classe en micro-incubateurs où les étudiants résolvent de vrais problèmes, testent des idées, construisent des prototypes et apprennent par l’expérimentation et l’échec.

Mais cela ne peut pas se produire dans l’enceinte du monde universitaire. Les établissements doivent connecter les étudiants directement à l’écosystème d’innovation plus large grâce à des partenariats plus approfondis avec l’industrie, les startups, les entreprises technologiques, les mentors, les incubateurs et les réseaux de capital-risque. Les stages et les projets en direct axés sur l’IA peuvent combler le fossé entre l’apprentissage et la pratique. Le système éducatif doit à terme évoluer du statut de source de talents vers les emplois existants à celui de rampe de lancement pour en créer de nouveaux, en donnant aux individus les compétences, l’exposition, les réseaux et la confiance nécessaires pour se réinventer continuellement et créer de la valeur dans une économie axée sur l’IA.

Les employeurs portent une responsabilité tout aussi immédiate car ils contrôlent la manière dont le travail lui-même est repensé. L’erreur est de traiter l’IA comme un simple exercice de recyclage. Les gens doivent comprendre non seulement comment utiliser l’IA, mais aussi comment leur rôle évolue et ce qu’ils doivent devenir. Alors que les agents d’IA se lancent dans une exécution de plus en plus routinière et que le travail humain doit de plus en plus dépasser les problèmes de cadrage en boucle, faire preuve de jugement et imaginer ce qui va suivre. Les organisations doivent donc fonctionner moins comme des hiérarchies exécutant un plan que comme des fonderies de startups, où les individus sont encouragés à identifier les opportunités, à expérimenter, à construire et à créer de la valeur. 

Les dirigeants doivent également veiller à ce que cette transformation ne reste pas un mandat imposé d’en haut. Il faut identifier les agents de changement qui peuvent conduire ce changement à tous les niveaux. Les dirigeants de niveau intermédiaire constituent l’élément de transmission essentiel entre l’ambition du leadership et la manière dont le travail évolue réellement sur le terrain, tandis que les premiers à adopter le nouveau modèle et à en entraîner d’autres avec eux. Lorsque l’objectif est clair, que les capacités sont développées et que les individus ont la possibilité de se réinventer dans des rôles émergents, la transformation devient une chose à laquelle les employés participent, et non quelque chose qui leur arrive. 

Enfin, Les gouvernements doivent devenir le catalyseur de la construction d’une économie entrepreneuriale fondée sur l’IA en construire un écosystème d’activation de l’IA. Leur rôle va bien au-delà de la réglementation de l’IA : il consiste à créer les conditions dans lesquelles des millions de citoyens peuvent devenir des innovateurs, des bâtisseurs et des créateurs de valeur. Cela nécessite la création d’un écosystème robuste d’activation de l’IA qui démocratise l’accès à un calcul haute performance abordable, à des ensembles de données publiques fiables, à des modèles d’IA standardisés et à des outils open source sur lesquels les entrepreneurs peuvent facilement s’appuyer. 

Il est tout aussi important d’élargir l’accès à l’entrepreneuriat, l’accès au capital patient, aux réseaux de mentorat, aux pôles d’innovation et aux bacs à sable d’IA, tout en simplifiant les voies réglementaires. L’objectif n’est pas simplement d’aider les travailleurs à s’adapter aux perturbations provoquées par l’IA, mais de leur donner les moyens de créer la prochaine génération de solutions basées sur l’IA dans les domaines de la santé, de l’agriculture, de l’éducation, des services financiers et au-delà.

Vous soutenez que l’ère de l’IA nécessite une définition plus large du succès intégrant le but, l’équilibre, l’impact et la croissance humaine. D’ici la fin de cette décennie, quels indicateurs montreraient qu’une organisation a utilisé l’IA non seulement pour devenir plus productive, mais aussi pour rendre ses collaborateurs et ses dirigeants plus capables, épanouis et résilients ?

D’ici la fin de cette décennie, je pense que l’indicateur le plus important sera de savoir si l’IA a accru les capacités humaines, et pas seulement les capacités organisationnelles. Le signe de réussite le plus clair sera que les organisations auront dépassé le stade de l’utilisation de l’IA pour la productivité et deviendront véritablement AI-Native. L’IA ne restera plus à la périphérie de l’entreprise en tant qu’outil d’automatisation ; elle sera intégrée à la manière dont l’entreprise fonctionne, prend des décisions, sert ses clients et crée une nouvelle valeur. 

Mais si les organisations produisent deux fois plus avec deux fois moins de personnes, alors que le jugement humain et la créativité s’affaiblissent, que le sens du but devient flou, que les inégalités sociétales se creusent et que la durabilité planétaire se détériore, j’hésiterais à qualifier cela de succès. 

Je chercherais trois signaux.

Premièrement, les humains s’élèvent-ils et évoluent-ils ? L’IA a-t-elle accru l’action humaine et les a-t-elle aidés à passer d’une simple augmentation de l’efficacité à la réalisation d’un plus grand potentiel ? Le signal est simple : un niveau de production plus élevé et plus d’innovation. À mesure que l’IA prend le relais de l’exécution de routine, les gens devraient consacrer plus de temps là où la contribution humaine compte le plus : interpréter la complexité, exercer son jugement, établir des relations, résoudre des problèmes significatifs et imaginer de nouvelles possibilités. C’est ce que j’entends par les humains se déplaçant au-dessus de la boucle.

Deuxièmement, les entreprises qui progressent sur la courbe de valeur obtiennent-elles de meilleurs résultats ? Et pour les entreprises, de meilleurs résultats se manifestent de trois manières : plus de croissance, plus de rentabilité et une meilleure satisfaction des employés.. L’une des mesures les plus puissantes de l’IA devrait être de savoir ce qu’un individu ou une petite équipe peut accomplir de plus. La distance entre une idée et son impact devrait devenir considérablement plus courte. L’IA devrait permettre à davantage de personnes au sein de l’entreprise de devenir des créateurs, des résolveurs de problèmes et des innovateurs, permettant ainsi aux organisations de débloquer de nouvelles sources de valeur et une croissance exponentielle. Et c’est là la véritable essence de l’humain au-dessus de la boucle : à mesure que les humains grandissent, les entreprises se développent et chacune pousse l’autre à se développer davantage. 

Troisièmement, la société connaît-elle une croissance plus large et plus durable ? L’un des plus grands risques de l’ère de l’IA est que ses gains restent limités, ne bénéficiant qu’à quelques privilégiés. La véritable mesure du succès est de savoir si l’IA peut démocratiser les opportunités, responsabiliser les communautés et libérer le potentiel humain à grande échelle tout en garantissant que cette croissance soit durable pour la planète. L’IA ne doit pas seulement devenir un moteur de croissance économique, mais aussi un architecte du progrès durable et du bien commun.

En fin de compte, le test dépasse la productivité. Les humains grandissent-ils ? Les organisations créent-elles plus de valeur ? Et la société progresse-t-elle de manière plus large et durable ? Ce sont ces indicateurs que nous devrions rechercher pour mesurer le succès réel de l’ère de l’IA à la fin de la décennie.

Merci pour cette superbe interview. Les lecteurs qui souhaitent en savoir plus devraient lire le livre Human Edge in the AI Age.

Antoine est un leader visionnaire et associé fondateur d'Unite.AI, animé par une passion inébranlable pour façonner et promouvoir l'avenir de l'IA et de la robotique. Un entrepreneur en série, il croit que l'IA sera aussi perturbatrice pour la société que l'électricité, et se fait souvent prendre en train de vanter le potentiel des technologies perturbatrices et de l'AGI.

En tant que futuriste, il se consacre à explorer comment ces innovations vont façonner notre monde. En outre, il est le fondateur de Securities.io, une plateforme axée sur l'investissement dans les technologies de pointe qui redéfinissent l'avenir et remodelent des secteurs entiers.