Rapports
Près de la moitié des travailleurs américains utilisent l'IA, mais personne n'en a informé ses supérieurs.

Près de la moitié des travailleurs américains utilisent désormais l'IA dans le cadre de leur travail. La plupart de leurs employeurs n'en ont aucune idée.
C’est la principale conclusion de Dernière enquête de Gallup sur la population active, ce qui montre que l'adoption de l'IA a plus que doublé depuis 2023. Mais les données révèlent quelque chose de plus intéressant que les chiffres bruts d'adoption : un écart important entre ce que font les travailleurs et ce que les organisations prévoient.
Les nombres
Au troisième trimestre 2025, 45 % des employés américains déclarent utiliser l'IA au moins quelques fois par an, contre 40 % seulement un trimestre auparavant. Ce taux de croissance est remarquable : en 2023, moins de 20 % des travailleurs avaient déjà utilisé des outils d'IA au travail.
Mais la précision « au moins quelques fois par an » est importante. Les utilisateurs quotidiens d'IA restent minoritaires : seulement 10 % de la population active. Les utilisateurs hebdomadaires représentent quant à eux 23 % de la population. Cette tendance suggère que la plupart des travailleurs ont expérimenté l'IA plutôt que de l'avoir intégrée à leurs habitudes.
La répartition sectorielle confirme une tendance bien connue. Les professionnels du secteur technologique arrivent en tête avec un taux d'adoption de 76 %, suivis par ceux de la finance (58 %) et des services professionnels (57 %). Les secteurs employant un grand nombre de personnes en contact direct avec la clientèle sont à la traîne : le commerce de détail (33 %), la santé (37 %) et l'industrie manufacturière (38 %).

Le déficit de sensibilisation
La statistique la plus révélatrice ne concerne pas l'utilisation, mais la sensibilisation au sein des organisations. Si 45 % des employés utilisent l'IA, seuls 37 % affirment que leur employeur a mis en œuvre l'IA pour améliorer la productivité ou la qualité. Près d'un quart déclarent ignorer totalement la position de leur entreprise concernant l'IA.
Cet écart révèle la complexité de l'adoption de l'IA en milieu professionnel. Les employés n'attendent pas les stratégies d'IA des entreprises. Ils créent des comptes ChatGPT et expérimentent différentes fonctionnalités. Assistants IAet trouver des moyens de travailler plus vite, souvent sans le dire à personne.
Les conséquences sont importantes. Les entreprises pensent délibérer sur l'adoption de l'IA alors que leurs employés ont déjà tranché. Les équipes de sécurité s'inquiètent de la gouvernance des données tandis que des informations sensibles transitent par des comptes d'IA personnels. Les managers débattent des impacts sur la productivité alors que leurs équipes sont déjà plus productives que ne le laissent penser les indicateurs publiés.
Que font réellement les travailleurs avec l'IA ?
L'enquête de Gallup révèle comment les travailleurs utilisent réellement les outils d'IA. Les chatbots et les assistants virtuels dominent, avec plus de 60 % des utilisateurs d'IA qui s'y fient. Les outils de rédaction et d'édition arrivent en deuxième position avec 36 %. Assistants de codage Un retard de 14 % — significatif compte tenu de l'attention qu'ils reçoivent dans les médias technologiques, mais reflétant leur applicabilité plus restreinte.
Les tâches elles-mêmes sont principalement axées sur le traitement de l'information : 42 % des utilisateurs font appel à l'IA pour consolider des informations ou des données, 41 % pour générer de nouvelles idées et 36 % pour apprendre de nouvelles choses. Il s'agit ici d'une IA utilisée comme assistant de recherche et partenaire de brainstorming, et non comme agent autonome.
Cette tendance suggère que les travailleurs ont trouvé le point d'équilibre optimal de l'IA. Les modèles actuels excellent dans la synthèse et la génération d'idées, soit précisément ce dont les travailleurs du savoir ont le plus besoin. Les tâches plus complexes, qui exigent un raisonnement soutenu ou des actions concrètes, restent en grande partie du domaine humain.
Le problème du leadership
Le constat de Gallup est clair : une adoption accrue dépend des dirigeants. Les données de l’enquête le confirment : les entreprises dotées de stratégies d’IA claires affichent des taux d’utilisation supérieurs à celles qui n’en ont pas. Les employés qui savent que leur entreprise soutient l’expérimentation en IA sont plus enclins à essayer les outils et à constater des gains de productivité.
Mais ce manque de sensibilisation suggère que de nombreux dirigeants ne se sont pas du tout impliqués. Ils n'ont ni encouragé ni découragé l'utilisation de l'IA ; ils ont tout simplement été absents du débat. Leurs employés ont interprété ce silence comme une autorisation et ont agi en conséquence.
Cela crée une dynamique délicate. Les employés utilisant des comptes d'IA personnels peuvent hésiter à partager leurs méthodes, par crainte d'être scrutés. Les gains de productivité passent inaperçus et ne sont pas reproduits. Les problèmes potentiels de sécurité ou de conformité s'accumulent sans être détectés. Les avantages de l'adoption de l'IA profitent aux individus tandis que les risques restent invisibles pour les organisations.
La question des 10 pour cent
Le chiffre le plus important de l'enquête Gallup est peut-être le taux d'utilisation quotidien : seulement 10 %. ChatGPT pourrait compter 800 millions d'utilisateurs hebdomadairesMais sur le lieu de travail américain, l'IA reste occasionnelle plutôt qu'habituelle pour 90 % des travailleurs.
C’est important car le potentiel transformateur de l’IA repose sur son intégration plutôt que sur son expérimentation. Un employé qui utilise l’IA une fois par mois pour résumer un long document n’en retire qu’un bénéfice marginal. En revanche, un employé qui l’utilise quotidiennement pour la rédaction, la recherche et l’analyse bénéficie d’avantages considérables. La différence réside dans la transformation des flux de travail.
Les 10 % qui utilisent l'IA quotidiennement travaillent probablement déjà différemment de leurs collègues. Ils sont vraisemblablement plus productifs sur les tâches pouvant être automatisées par l'IA, ce qui leur permet de consacrer plus de temps aux tâches nécessitant un jugement humain. À mesure que cet écart se creuse, les entreprises seront incitées à faire passer davantage d'employés d'une utilisation occasionnelle à une utilisation quotidienne.
Que ce passe t-il après
Les données de Gallup laissent entrevoir plusieurs évolutions probables. Premièrement, il faut s'attendre à ce que le déficit de sensibilisation se résorbe, mais probablement pas grâce aux stratégies officielles des entreprises en matière d'IA. À mesure que l'utilisation de l'IA devient plus visible et que davantage d'employés constatent que leurs collègues utilisent déjà ces outils, la preuve sociale favorisera une adoption plus rapide que les directives imposées par la direction.
Deuxièmement, il faut s'attendre à une convergence sectorielle. L'écart entre le taux d'adoption de 76 % dans le secteur technologique et celui de 33 % dans le commerce de détail s'explique en partie par l'adéquation aux postes, mais aussi par l'acceptation culturelle. À mesure que les outils d'IA se généralisent dans certains secteurs, la pression s'accentuera sur les autres pour qu'ils rattrapent leur retard.
Troisièmement, attendez-vous à ce que le nombre d'utilisations quotidiennes devienne l'indicateur clé. Une utilisation mensuelle ou trimestrielle de l'IA témoigne de curiosité, tandis qu'une utilisation quotidienne est synonyme de transformation. Les organisations soucieuses de la productivité de l'IA s'attacheront à faire progresser leurs employés dans l'utilisation de l'IA.
Le constat général est celui d'une adoption spontanée plus rapide que la planification stratégique. Les employés ont jugé l'IA utile et l'utilisent indépendamment de la politique de l'entreprise. La question est maintenant de savoir si les organisations sauront prendre conscience de cette tendance et l'orienter de manière constructive, ou si elles continueront à planifier un avenir déjà advenu.












