Intelligence artificielle

Le Canada lance une stratégie nationale d’intelligence artificielle pour construire des infrastructures souveraines, faire croître les startups et stimuler l’adoption

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Le Canada a lancé une nouvelle stratégie nationale d’intelligence artificielle visant à transformer la force de recherche du pays en un impact économique, industriel et sectoriel public plus large.

Annoncée par le premier ministre Mark Carney à Toronto, la stratégie, intitulée AI pour tous, présente un plan à large portée pour accroître l’adoption de l’IA, étendre la capacité de calcul domestique, renforcer les protections de la vie privée et de la sécurité, et garder plus de sociétés canadiennes d’IA, de talents et de propriété intellectuelle ancrés au Canada.

La stratégie arrive à un moment charnière pour l’écosystème canadien de l’IA. Le pays a longtemps été reconnu comme l’un des berceaux de la recherche moderne sur l’IA, avec des institutions telles que Mila, l’Institut Vector et Amii aidant à former de nombreux chercheurs et fondateurs qui ont façonné le domaine mondial. Cependant, le gouvernement fédéral reconnaît maintenant un problème central : le Canada a été plus fort pour inventer l’IA que pour la déployer et la commercialiser à grande échelle.

La nouvelle stratégie vise à combler cet écart.

Une stratégie construite autour de la confiance, de l’opportunité et de la souveraineté

AI pour tous est organisée autour de trois thèmes principaux : la confiance, l’opportunité et la souveraineté.

La confiance vise à donner aux Canadiens la confiance que les systèmes d’IA sont sûrs, transparents et régis par des règles qui protègent la vie privée, les enfants, les institutions démocratiques et les groupes vulnérables. L’opportunité se concentre sur l’expansion de l’alphabétisation en IA, l’aide aux travailleurs pour s’adapter et le soutien aux petites et moyennes entreprises lorsqu’elles adoptent des outils d’IA. La souveraineté se concentre sur le fait que le Canada dispose d’infrastructures, de talents, de capacités de données et de sociétés locales suffisantes pour éviter de devenir trop dépendant des plateformes d’IA étrangères.

Le gouvernement fixe des objectifs ambitieux. Il estime que la stratégie pourrait aider à créer jusqu’à 250 000 emplois liés à l’IA d’ici 2031, offrir jusqu’à 90 000 possibilités d’emploi et de placement de travail pour les jeunes Canadiens, augmenter l’adoption de l’IA par les entreprises de 12 % aujourd’hui à 60 % d’ici 2034, et soutenir une augmentation de 3 % du PIB, représentant près de 200 milliards de dollars de gains économiques potentiels.

Le fossé de financement est également renforcé par l’environnement commercial plus large. De nombreux fondateurs d’IA qui pèsent où construire ne comparent pas seulement la disponibilité du capital, mais également le traitement fiscal, la familiarité des investisseurs et la structure corporative. Pour les startups à forte croissance, la relative simplicité et la préférence des investisseurs pour l’incorporation dans le Delaware peuvent rendre les États-Unis plus attractifs, en particulier lorsqu’ils sont associés à des réseaux de capital-risque plus profonds et à un plus grand bassin de capital de stade ultérieur. Si le Canada veut que plus de sociétés d’IA restent, grandissent et conservent la propriété intellectuelle sur le plan national, le financement seul peut ne pas suffire. Le pays a également besoin d’un environnement de démarrage concurrentiel en matière d’impôts, d’incitations, de liquidité et de facilité d’attraction d’investisseurs mondiaux.

Un fonds de 500 millions de dollars pour soutenir les champions canadiens de l’IA

L’un des éléments les plus importants de la stratégie est la création d’un fonds de croissance technologique canadien de 500 millions de dollars.

Le fonds vise à répondre à une préoccupation de longue date dans l’écosystème technologique canadien : les startups canadiennes prometteuses lèvent souvent des capitaux, grandissent et déplacent finalement leurs principales opérations ou leur propriété au sud de la frontière. Le gouvernement souhaite maintenant créer plus de conditions pour que les sociétés canadiennes d’IA puissent grandir à l’échelle mondiale tout en restant ancrées au Canada.

Le fonds fournira un capital de croissance flexible et un soutien d’investissement aux sociétés d’IA prometteuses. Dans certains cas, il permettra également au gouvernement fédéral de prendre des participations dans des sociétés d’IA canadiennes.

Ceci constitue un changement notable d’attitude. Plutôt que de financer uniquement la recherche ou d’offrir des subventions, le Canada signale qu’il peut jouer un rôle plus actif pour aider les sociétés d’IA stratégiquement importantes à grandir. L’objectif déclaré est d’aider les sociétés à attirer des capitaux privés, à conserver les talents, à garder la propriété intellectuelle au Canada et à concurrencer sur le plan international.

La stratégie indique également que le gouvernement utilisera les marchés publics de manière plus délibérée, se positionnant comme un client ancre stratégique pour les sociétés d’IA nationales. Pour les startups et les scaleups, l’adoption gouvernementale peut fournir à la fois des revenus et une validation, deux facteurs qui peuvent faciliter la vente sur les marchés mondiaux.

Élargir la capacité de calcul souveraine

Le calcul est un autre pilier majeur de la stratégie.

Le secteur de l’IA canadien est confronté à un goulet d’étranglement familier : la construction et le déploiement de systèmes d’IA avancés nécessitent un pouvoir de calcul coûteux, et une grande partie de cette capacité se trouve actuellement à l’extérieur du Canada. Pour les startups, les chercheurs et les institutions publiques, la dépendance à l’égard des fournisseurs de cloud et de calcul étrangers peut créer des défis de coût, de souveraineté et de gouvernance des données.

AI pour tous s’appuie également sur la stratégie de calcul d’IA souveraine plus large du Canada en élargissant l’accès à un calcul domestique abordable. Grâce à une expansion du fonds d’accès au calcul, le gouvernement indique qu’il fournira aux PME canadiennes un soutien supplémentaire de 700 millions de dollars pour le calcul souverain, aidant à réduire l’un des principaux obstacles de coût auxquels sont confrontées les startups et les sociétés qui construisent des produits dotés d’IA.

Le programme est conçu pour compenser les coûts de cloud et de calcul pour les sociétés canadiennes qui développent des outils et des services d’IA. Le gouvernement a déjà souligné le soutien à 44 sociétés qui appliquent l’IA dans des domaines tels que la détection des incendies de forêt, les transports publics, la découverte de médicaments, la fabrication avancée, l’agriculture, les services financiers et la productivité des entreprises.

La stratégie comprend également un engagement à construire un supercalculateur d’IA public de classe mondiale d’ici 2031 et à élargir les infrastructures de calcul et de cloud souveraines de manière à être alignées sur les avantages énergétiques propres du Canada.

Pour le Canada, le calcul ne constitue pas seulement une ressource technique. Il est maintenant traité comme une infrastructure stratégique.

Aider les PME à passer de l’expérimentation à l’adoption

La stratégie met fortement l’accent sur les petites et moyennes entreprises, où l’adoption de l’IA reste relativement faible.

Pour répondre à cela, le Canada prévoit d’utiliser le $500 millions du programme LIFT de la Banque de développement du Canada pour aider les PME à financer les outils, les logiciels et les équipements d’IA. Il investira également 500 millions de dollars pour élargir et améliorer l’Initiative régionale d’IA, livrée par les agences de développement régional, pour accélérer l’adoption et la commercialisation de l’IA à travers le pays.

Le gouvernement prévoit également de soutenir un outil d’évaluation de l’alphabétisation et de l’adoption de l’IA pour aider les entreprises à évaluer leur préparation, à identifier des cas d’utilisation pratiques, à comprendre l’impact commercial et à se connecter avec des programmes pertinents.

Ceci est l’une des parties les plus pratiques de la stratégie. Pour de nombreuses entreprises, le problème n’est pas un manque d’intérêt pour l’IA. Ce n’est pas savoir où l’IA a du sens, comment évaluer les fournisseurs, comment former le personnel ou comment éviter de gaspiller de l’argent sur des outils qui n’améliorent pas la productivité.

En associant le financement à un soutien consultatif, le Canada tente de passer de l’IA de l’expérimentation aux opérations commerciales quotidiennes.

Les soins de santé deviennent la première mission de l’IA

Le Canada lance également un nouveau programme de missions d’IA, avec la première mission axée sur les soins de santé.

Le gouvernement s’engage à 200 millions de dollars pour améliorer les résultats de santé grâce à l’IA, en se concentrant sur des domaines tels que le diagnostic, les soins aux patients, l’efficacité du système et la réduction de la charge administrative. La stratégie souligne les soins de santé comme un point de départ naturel car le système de santé public canadien génère de grands volumes de données cliniques et administratives, tout en faisant face à des pressions graves en termes de capacité et d’accès.

La stratégie comprend également 100 millions de dollars pour lancer un espace de données de santé dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut canadien d’information sur la santé, conçu pour relier des ensembles de données sécurisés, privés et standardisés pour les essais cliniques, la recherche sur les services de santé et la mesure de la performance.

Un autre 100 millions de dollars élargira VITAL à cinq provinces supplémentaires. VITAL est décrit comme une plateforme de données de santé pancanadienne qui relie les données cliniques des hôpitaux et soutient la recherche et l’innovation axées sur l’IA.

La mission de soins de santé reflète une idée plus large de la stratégie : le Canada souhaite utiliser l’IA pour résoudre des problèmes nationaux, et non seulement pour construire des sociétés de logiciels commerciales. Si cette approche est bien exécutée, elle pourrait aider à créer un pont plus solide entre les besoins du secteur public, la recherche universitaire, l’expertise clinique et les startups d’IA canadiennes.

Alphabétisation en IA, emplois et transition de la main-d’œuvre

AI pour tous fait également de la préparation de la main-d’œuvre une partie centrale du plan.

Le gouvernement indique qu’il créera une initiative nationale d’alphabétisation en IA offrant une formation d’IA de niveau entrée accessible aux Canadiens. L’objectif comprend de rejoindre 1 million d’étudiants de niveau postsecondaire et de former plus de 3 000 éducateurs avec des kits d’apprentissage d’IA.

Le Canada prévoit également de s’assurer que tous les étudiants de niveau postsecondaire ont accès à des agents d’IA de confiance, donnant aux étudiants de toutes les disciplines une exposition directe aux outils d’IA avant d’entrer sur le marché du travail.

La stratégie comprend jusqu’à 90 000 possibilités d’emploi et de placement de travail liés à l’IA, y compris des placements par le biais de programmes tels que le programme de placement de travail pour étudiants, les emplois d’été au Canada, les compétences pour le succès, Mitacs ADOPT et AI+X.

Le gouvernement investit également dans les compétences numériques des jeunes grâce à 30 millions de dollars pour CanCode, qui finance des organisations à but non lucratif offrant une formation numérique gratuite, y compris la programmation et l’IA, aux étudiants de la maternelle à la 12e année et à leurs éducateurs.

Le cadrage est important. Le Canada ne présente pas l’IA uniquement comme une question de secteur technologique. Il la traite comme une question de compétitivité nationale, similaire à l’alphabétisation numérique dans les précédentes ères d’Internet.

Nouvelles protections de sécurité, de confidentialité et de deepfakes

La stratégie comprend également un agenda de sécurité et de gouvernance.

Le Canada indique qu’il modernisera la législation sur la protection de la vie privée des consommateurs, renforcera les protections des données des enfants, introduira des lois sur la sécurité en ligne et donnera aux Canadiens des outils juridiques pour lutter contre les deepfakes et les préjudices en ligne. Il prévoit également d’améliorer la transparence de l’IA, y compris le travail sur le marquage d’eau et des signaux plus clairs lorsque les personnes interagissent avec des systèmes d’IA ou du contenu généré par l’IA.

Le gouvernement investira 50 millions de dollars pour élargir l’Institut canadien de sécurité de l’IA, soutenant la recherche sur les risques émergents de l’IA, les évaluations transparentes des modèles d’IA et la coordination avec les partenaires internationaux.

Le Canada prévoit également de créer un programme de certification d’IA de confiance pour aider les utilisateurs à identifier des produits d’IA fiables sur le marché et de renouveler le financement du programme d’IA du Conseil canadien des normes pour soutenir les tests, la certification, l’interopérabilité et le développement de normes.

Ceci est particulièrement important car l’adoption dépend de la confiance. Si les travailleurs, les consommateurs, les institutions et les entreprises ne font pas confiance aux systèmes d’IA, l’adoption restera superficielle, quelle que soit la somme d’argent investie dans les infrastructures.

Secteurs prioritaires : santé, énergie, transport, agriculture, fabrication et robotique

La stratégie identifie plusieurs secteurs prioritaires où le Canada croit que l’IA peut apporter une valeur économique et stratégique.

Ces secteurs comprennent les soins de santé et les sciences de la vie, l’énergie et les ressources naturelles, le transport, l’agriculture et la fabrication et la robotique. Les services gouvernementaux sont également mis en évidence comme un domaine majeur de transformation.

L’accent mis sur les secteurs est important car l’adoption de l’IA est la plus puissante lorsqu’elle est liée à des problèmes opérationnels spécifiques. Dans l’agriculture, l’IA peut soutenir l’agriculture de précision et la surveillance des cultures. Dans l’énergie et les ressources naturelles, elle peut optimiser la production, la maintenance et les chaînes d’approvisionnement. Dans le transport, elle peut améliorer la logistique, la maintenance des infrastructures et les systèmes de mobilité. Dans la fabrication et la robotique, elle peut résoudre les pénuries de main-d’œuvre, améliorer le débit et soutenir le réaménagement.

Le défi du Canada sera de transformer ces priorités larges en déploiements mesurables. L’approche basée sur les missions de la stratégie pourrait aider, mais l’exécution déterminera si le plan devient une véritable stratégie industrielle ou reste un ensemble de programmes.

Le moment de l’IA du Canada

La nouvelle stratégie d’IA du Canada n’est pas simplement une question de financement d’un autre secteur technologique. Il s’agit de savoir si le pays peut convertir des décennies de leadership en recherche en puissance économique, en modernisation du secteur public et en souveraineté technologique.

Le plan est ambitieux, et dans plusieurs domaines, notamment le calcul, le capital de croissance, les données de soins de santé, l’alphabétisation en IA et les achats gouvernementaux, il répond à des lacunes réelles qui ont freiné le Canada.

La partie la plus difficile vient ensuite. Le Canada devra agir rapidement, coordonner les systèmes fédéraux et provinciaux, éviter une bureaucratie excessive et s’assurer que le capital atteint les sociétés et les projets qui peuvent grandir. Il devra également équilibrer la sécurité avec la vitesse, en veillant à ce que la réglementation inspire la confiance sans ralentir le déploiement responsable.

AI pour tous donne au Canada un cadre plus affirmé pour la prochaine phase du développement de l’IA. La question maintenant est de savoir si le Canada peut exécuter suffisamment rapidement pour conserver plus de talents, d’infrastructures, de sociétés et d’avantages économiques à la maison.

Antoine est un leader visionnaire et associé fondateur de Unite.AI, animé par une passion inébranlable pour façonner et promouvoir l'avenir de l'IA et de la robotique. Un entrepreneur en série, il croit que l'IA sera aussi perturbatrice pour la société que l'électricité, et on le surprend souvent en train de vanter le potentiel des technologies perturbatrices et de l'AGI.

En tant que futuriste, il se consacre à explorer comment ces innovations vont façonner notre monde. En outre, il est le fondateur de Securities.io, une plateforme axée sur l'investissement dans les technologies de pointe qui redéfinissent l'avenir et remodelent des secteurs entiers.